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Nascar : start your engines !

"The great american race". C'est comme ça que les Américains désignent les Daytona 500 qui ouvrent demain dimanche la saison 2015 de Sprint Cup, en Nascar. Depuis 1959, cette course de 500 miles (environ 805 kilomètres, quand même) et de 200 tours est l'épreuve la plus attendue du calendrier, une sorte de "Super Bowl" de la Nascar, la discipline automobile la plus suivie aux Etats-Unis.

La Nascar est sans nul doute le championnat automobile le plus populaire aux Etats-Unis et demeure le second sport le plus suivi derrière le football américain tout en se situant devant le basketball et le baseball. Il a un père au nom qui nous est familier : Bill France. C'est en effet lui qui créa la National Association for Stock Car Auto Racing (NASCAR), en 1948, et lança les bases d'un championnat organisé.

Des courses de stock-car, sauvages, il y en avait certes déjà dans les années 1930 du temps de la prohibition où pour échapper à la police, les contrebandiers d'alcool trafiquaient leurs véhicules et se donnaient rendez-vous pour des courses échevelées le long des côtes. En 1972, la Nascar se réorganisa autour de la Winston Cup, du nom d’une marque de tabac...

Cet esprit de liberté, de marginalité et de virilité, continue de flotter sur la Nascar, dont la grande majorité des épreuves ont lieu dans la partie sud des Etats-Unis. La Nascar est aujourd’hui le sport automobile n°1 aux USA.

Loin de la haute technologie qui prévaut en F1, les voitures de Nascar sont plus "brutales", avec un poids de 1.500 kilos pour 800 chevaux. Les bolides actuels n'ont plus grand-chose à voir avec les voitures de série des débuts. Les châssis sont construits spécifiquement pour la course et les voitures sont dotées de renforts afin de résister aux contacts qui font le sel de la course. Quatre grands constructeurs participent au championnat. Les firmes américains Chevrolet, Ford et Dodge ont été rejointes en 2007 par le Japonais Toyota, signe d'une volonté d'ouverture du marché à l'international.

43 voitures effectuant 500 tours de moins d'un kilomètre et 34 des 36 épreuves de la saison ont lieu sur un ovale, avec plusieurs centaines de tours à effectuer (entre 300 et 600 en fonction de la longueur de la piste). Voilà résumée en une phrase la nature d'une course-type de Nascar.

L'autre spécificité qui surprend de l'autre côté de l'Atlantique, c'est la multiplication des drapeaux jaunes, qui stoppent la course et rappellent d'autres sports hachés, comme le football américain. En Nascar, un accident ou simplement une flaque d'huile peuvent venir ainsi bouleverser le classement dans les derniers tours. Bref, à l'instar du base-ball, la Nascar fait le pont entre deux notions phares du sport américain : le suspense et la longueur. Car une course dure en moyenne entre 3 et 3h30 (contre 1h30 environ pour une course de F1).

La Nascar comprend trois divisions : la Sprint Cup (niveau 1), la Xfinity Series (niveau 2) et le Camping World Truck Series (niveau 3). Certains pilotes participent aux trois courses durant le week-end ! La Sprint Cup est évidemment le championnat le plus médiatisé, avec ses 36 courses étalées entre Février et Novembre. Autre spécificité américaine, le championnat se divise en deux parties : la saison régulière et "the chase". A l'issue des 26 premières épreuves de la saison, les douze meilleurs pilotes qualifiés pour "la chasse" se disputent le titre sur les dix dernières courses. Une façon de relancer l'intérêt sportif en nivelant les écarts construits en cours de saison. Outre les trois grandes catégories, il existe plusieurs séries locales où les pilotes ont l'habitude de "se rôder".

La F1 a Ayrton Senna, la Nascar a Dale Earnhardt, premier pilote à avoir fait son entrée au Hall of Fame de la discipline. Septuple vainqueur de la Winston Cup, l'ancêtre de la Sprint Cup actuel, Dale Earnhardt s'est tué en 2001 à l'âge de 50 ans dans le dernier tour des Daytona 500. L'angle du contact avec le mur lui a été fatal. Son accident, comme celui d'Ayrton Senna, a eu valeur d'électrochoc pour la sécurité.

Les pilotes sont dorénavant dotés du système HANS, protégeant leur cou. Si Bruno Senna, le neveu d'Ayrton, assure la présence du nom Senna en F1, c'est le propre fils de Dale Earnhardt, Dale Earnhardt Jr, qui perpétue sa légende en Nascar, lui a qui avait fini deuxième de la course qui avait coûté la vie à son père. A 40 ans, il court toujours après son premier titre mais possède déjà deux victoires à Daytona : en 2004 et 2014.

Le livre d'or de la Nascar regorge de duels pour le moins houleux. L'un des exemples les plus fameux reste la passe d'armes que se sont livrés Darrell Waltrip et Rusty Wallace en 1989 sur la "Winston", course de prestige réunissant les meilleurs pilotes du moment. Dans le dernier tour, Wallace envoya Waltrip dans le décor et empocha les 200.000 dollars de récompense. Mais cette arrivée est restée légendaire pour ce qui s'est passé ensuite, les mécanos des deux pilotes en venant aux mains au pied du podium. Ces inimitiés et ces comportements à la limite entretiennent l'image de "good" ou "bad" guys dans le paddock et servent la théâtralisation de la discipline.

Jusqu'à très récemment, la Nascar a été un divertissement fait pour des Américains et par des Américains. L'arrivée du constructeur japonais Toyota et du pilote colombien Juan Pablo Montoya en 2007 ont élargi le public et l'audience du Nascar, y compris en Europe. Très populaire en F1, Montoya est devenu le premier pilote non nord-américain (américain ou canadien) à remporter une épreuve de Nascar, l'une des deux disputées en circuit. A 36 ans, l'ancien pilote McLaren va entamer cette année sa sixième saison en Sprint Cup. Autre figure des paddocks, Danica Patrick qui demeure la seule femme à avoir remporté une course dans une série majeure, en Indycar.

Alors méconnu du grand public outre-Atlantique, la Nascar bénéficie en 1990 d'un immense coup de projecteur avec la sortie au cinéma du film à grand budget Jours de tonnerre, réalisé par Tony Scott et interprété par le coupe vedette Tom Cruise et Nicole Kidman. L'intrigue, qui rappelle les épisodes des BD de Michel Vaillant, est cousue de fil blanc mais les scènes de course, filmées à ras du sol, sont hyper-spectaculaires et contribuent à la popularisation du sport en dehors des frontières des Etats-Unis.

Seize ans après la sortie de Jours de tonnerre, la Nascar est à nouveau à l'honneur avec Flash McQueen, le héros du film d'animation du studio Pixar, Cars, est en effet un champion abandonné de la discipline qui va retrouver la gloire lors de la Piston Cup, allusion directe à la Sprint Cup. Le film, succès public et critique, associe deux mythologies américaines, la Nascar, donc, mais aussi la Route 66, sur laquelle Flash McQueen va retrouver ses valeurs.

A la différence de la F1, il n'y a pas de n°1 en Nascar. Le champion en titre conserve son numéro. Cela aide à reconnaître les pilotes d'une saison sur l'autre (43 participants, ce n'est pas évident) et ça facilite également le marketing. Casquettes, tee-shirts, drapeaux, tout se vend aux alentours des circuits.

Plus que tout autre sport américain, la Nascar est le règne de l'affichage commercial. Au sein d'une même écurie, chaque pilote peut bénéficier de son propre sponsor carrosserie, pour la plupart des géants américains de l'alimentation ou du commerce (Burger King, Diet Mountain Dew, The Home Depot, Caterpillar, Best buy,...), ce qui tend parfois à faire ressembler une course à la caravane du Tour de France.

Cet empire commercial se marie avec une ambiance très conservatrice. Aux côtés des stands de merchandising, chaque spectateur peut inscrire une prière pour l'un de ses pilotes, avant d'aller s'installer dans un ovale de 100.000 places... un hot-dog à la main !

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